L’usure dentaire est un phénomène progressif qui modifie la structure de l’émail et parfois de la dentine, entraînant une fragilisation des dents, une sensibilité accrue et une altération de l’esthétique du sourire. Bien que cette usure puisse sembler inévitable avec le temps, elle résulte en réalité de mécanismes différents, chacun ayant ses causes, sa prévalence et ses solutions spécifiques. Comprendre ces phénomènes permet de mieux prévenir leur apparition et d’intervenir plus rapidement lorsque la situation l’exige.
L’attrition correspond à l’usure provoquée par les frottements directs entre les dents opposées. Elle apparaît le plus souvent chez les personnes souffrant de bruxisme, c’est-à-dire de serrement ou de grincement des dents, généralement durant le sommeil. Ce phénomène touche une partie importante de la population adulte, notamment en raison du stress et de certains troubles du sommeil. Au fil des années, l’attrition entraîne un aplatissement des surfaces dentaires, ce qui peut altérer la mastication et modifier l’occlusion. Lorsque rien n’est fait pour freiner cette usure, les dents peuvent devenir sensibles, se fissurer ou perdre de leur hauteur, ce qui perturbe l’équilibre global du sourire.
La prévention repose essentiellement sur la prise en charge du bruxisme, notamment grâce au port d’une gouttière nocturne sur mesure qui sert de protection contre les frottements. Dans les cas où les dents ont déjà perdu une partie significative de leur substance, des restaurations en composite, des facettes ou encore des couronnes permettent de reconstruire les volumes manquants et de retrouver une fonction masticatoire correcte.
L’abrasion se manifeste lorsque les dents sont soumises à des frottements extérieurs répétés, le plus souvent en lien avec des habitudes d’hygiène ou de comportement. Une brosse à dents trop dure, une technique de brossage trop vigoureuse ou l’usage fréquent de dentifrices abrasifs peuvent, au fil du temps, entraîner une récession gingivale et une usure de l’émail au niveau du collet. On observe également cette forme d’usure chez les personnes qui utilisent leurs dents comme outil, par exemple pour ouvrir des emballages ou ronger des objets. L’abrasion est aujourd’hui assez fréquente, notamment chez les personnes qui recherchent un brossage « très efficace » sans réaliser que la pression excessive fragilise les dents.
Pour l’éviter, il est essentiel d’adopter une technique de brossage plus douce, d’utiliser une brosse à dents souple et un dentifrice non abrasif, tout en supprimant les habitudes délétères. Si l’abrasion a provoqué une perte de substance ou une hypersensibilité, il est possible de restituer la forme d’origine des dents grâce à des composites esthétiques appliqués directement au fauteuil, ou, dans certains cas, grâce à des restaurations prothétiques plus élaborées.
L’érosion dentaire résulte de l’action d’acides qui dissolvent progressivement l’émail. Ces acides peuvent provenir de l’alimentation, comme dans les sodas, les jus de fruits, le vinaigre ou les boissons énergétiques. Ils peuvent également être d’origine interne, notamment chez les personnes souffrant de reflux gastro-œsophagien ou de vomissements répétés. L’érosion
touche de plus en plus de patients en raison de l’augmentation de la consommation de boissons acides, y compris chez les jeunes adultes. Son caractère insidieux fait qu’elle passe souvent inaperçue jusqu’à ce que l’émail s’amincisse, provoquant une sensibilité accrue et donnant aux dents un aspect translucide.
Pour limiter ce phénomène, il est recommandé de réduire la consommation de boissons acides, d’éviter de se brosser les dents immédiatement après leur ingestion et de privilégier une hydratation à l’eau. Lorsqu’une érosion est déjà présente, un traitement peut consister à appliquer des agents reminéralisants pour renforcer l’émail, puis, si nécessaire, à restaurer les surfaces atteintes grâce à des composites ou à des facettes en céramique qui permettent de redonner épaisseur, protection et esthétique au sourire.
Lorsque l’usure dentaire n’est pas traitée, elle évolue presque toujours vers une dégradation fonctionnelle et esthétique. Les dents deviennent progressivement plus sensibles au froid, à la chaleur ou aux aliments sucrés. Elles peuvent également perdre de l'hauteur, ce qui entraîne un vieillissement prématuré du sourire et, parfois, des douleurs articulaires au niveau de la mâchoire. Dans les situations avancées, la structure dentaire restante ne suffit plus à assurer une mastication efficace, ce qui complique la prise en charge et nécessite des traitements plus lourds.
La prise en charge de l’usure dentaire repose d’abord sur un diagnostic précis permettant d’identifier l’origine dominante de l’usure. Une fois la cause déterminée, le Dr Gregory Bailliard propose un protocole personnalisé qui peut associer des mesures préventives, des conseils d’hygiène adaptés et, lorsque nécessaire, des restaurations esthétiques et fonctionnelles. Selon l’importance de l’usure, les traitements peuvent aller de simples reconstructions en composite jusqu’à une réhabilitation complète du sourire par facettes ou couronnes. L’objectif est toujours de préserver au maximum la structure dentaire tout en reconstituant durablement les fonctions essentielles et l’esthétique naturelle du sourire.